Il est temps de changer les comportements à l’égard de la sécurité maritime

ISSN 2369-8748

15 Juin 2015
Signé par : Glenn Budden

Le 12 juin 2014, le plus récent et le moins expérimenté membre de l’équipage du crevettier Diane Louise est passé par-dessus bord alors qu’il tendait des casiers à crevettes près de Calvert Island, en Colombie-Britannique. Il ne portait pas de vêtement de flottaison individuel (VFI), et il n’y en avait aucun à bord. Personne n’a été témoin de sa chute à la mer. La victime a réussi à demeurer à flot assez longtemps pour appeler à l’aide et tenter de se libérer de la ligne-mère avant qu’elle ne soit tirée sous l’eau. Même s’il a été sorti de l’eau après seulement quelques minutes et malgré les manœuvres de RCP, le membre de l’équipage est décédé.

Les pêcheurs savent très bien que leur travail présente des risques. Leur perception du risque est aliénée par l’environnement de travail difficile, le système réglementaire complexe, les conditions économiques et commerciales variables et les différentes mesures de gestion des ressources halieutiques auxquels ils sont soumis. Dans le cas du présent événement, les membres de l’équipage ont démontré qu’ils connaissaient le risque d’emmêlement, mais ils ne le géraient pas tous de la même façon. En effet, chaque membre de l’équipage avait élaboré sa propre stratégie de gestion de ce risque selon son expérience personnelle. Le risque d’emmêlement n’était donc pas géré adéquatement, en particulier pour les membres d’équipage moins expérimentés.

Les chutes par-dessus bord et les noyades sont des risques connus. Selon le document Enquête sur les questions de sécurité relatives à l’industrie de la pêche au Canada du BST, les chutes par-dessus bord sont la deuxième cause de décès dans l’industrie de la pêche au Canada. Une chute dans des eaux froides provoque immédiatement un choc hypothermique, dont les effets sont les plus dangereux, voire mortels, si la personne est brusquement immergée dans des eaux à une température inférieure à 15 °C. La victime peut ensuite rapidement devenir épuisée pendant qu’elle tente de demeurer à flot. Cet épuisement s’accroît rapidement si la personne ne porte pas de VFI.

WorkSafeBC exige que les capitaines ciblent les risques potentiels et prennent des mesures de sécurité pour y remédier. L’organisme exige aussi que les travailleurs qui œuvrent dans un environnement qui présente des risques de noyade portent un VFI ou un gilet de sauvetage. Toutefois, en Colombie-Britannique, depuis 2004, environ 40 % des personnes décédées au cours d’activités de pêche ne portaient pas de VFI.   Les raisons invoquées par les pêcheurs qui sont réticents à utiliser un VFI vont du manque de confort au risque d’emmêlement et à la perception qu’il n’est pas pratique ou normal de porter un VFI. De plus, comme les pêcheurs jugent que les risques de chute par-dessus bord, de noyade et d’emmêlement sont faibles ou accidentels, ils voient peu d’avantages à se protéger contre ces risques dans le cadre de leurs activités quotidiennes de pêche.

Par ailleurs, les comportements dangereux qui sont ancrés dans les valeurs, les attitudes et les méthodes traditionnelles, de même que dans la perception de l’équipage de ce qui constitue la façon de faire la plus efficace, se sont avérés les plus difficiles à modifier. Il s’agit d’une pratique courante et d’une perception erronée qui règnent à bord d’un trop grand nombre de bateaux de pêche. Malgré les règlements sur la sécurité, les programmes d’inspection en vigueur et la participation de l’équipage du Diane Louise à des programmes sur la sécurité, certaines méthodes de travail et certains comportements dangereux étaient devenus pratique courante et n’avaient pas été modifiés, puisqu’ils n’avaient jamais encore causé d’accident.

Les pêcheurs et la communauté halieutique déploient de nombreux efforts précieux pour améliorer la sécurité dans le secteur de la pêche, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire. L’industrie doit continuer à prendre des mesures pour améliorer la sécurité des bateaux de pêche pour la prochaine génération de pêcheurs. Le port d’un VFI sur le pont de travail d’un bateau de pêche doit devenir aussi normal que de boucler sa ceinture de sécurité dans une voiture ou de porter un casque pour aller à vélo.

Récemment, des spécialistes de la sécurité ont commencé à miser sur la gestion de la sécurité comme méthode de gestion officielle des dangers et des risques opérationnels, et prêtent une attention particulière au secteur de la pêche commerciale. L’Enquête sur les questions de sécurité relatives à l’industrie de la pêche au Canada souligne aussi que les pêcheurs doivent reconnaître les dangers physiques et environnementaux liés à leurs activités, comprendre les risques et adopter des comportements ou des habitudes qui rendent la pêche plus sécuritaire. Tous les efforts déployés pour améliorer la sécurité et éliminer les comportements dangereux dans le secteur de la pêche commerciale doivent tenir compte des conditions de travail difficiles et doivent être adaptés à ce context.


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Glenn Budden travaille à titre d’enquêteur maritime principal au BST depuis 2008. Avant de se joindre au BST, Glenn était propriétaire et exploitant d'une entreprise de pêche commerciale. En plus d'être titulaire d'un brevet de service de capitaine de pêche, deuxième classe, il compte 35 ans d'expérience dans l'industrie de la pêche à titre d'exploitant, de gestionnaire et de conseiller dans différents secteurs de la pêche et sur différents types de bateaux sur les deux côtes. Puisqu'il lui reste seulement un enfant qui habite toujours à la maison, il a maintenant à nouveau le temps de jouer au golf et au hockey avec sa femme Leslie.

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