De l’Aviation royale canadienne au BST — Une transition qui a du sens

ISSN 2369-8748

16 juin 2016
Signé par : Jean-Pierre Regnier

J’ai joint les Forces armées canadiennes (FAC) à l’âge de 20 ans; je viens tout juste de prendre ma retraite et de rejoindre les rangs de la Direction des enquêtes (Air) du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) en tant qu’enquêteur principal. Après avoir passé la majeure partie de ma vie d’adulte dans les Forces armées, je cherchais à faire la transition vers une vie et un milieu de travail en tant que « civil ». Par conséquent, lorsque l’occasion de travailler pour le BST s’est présentée, et que j’ai réalisé que je pouvais exercer, comme civil, une profession m’offrant un travail aussi stimulant et motivant que ce que j’avais connu, je l’ai saisie tout de suite! Les aubaines de ce genre sont plutôt rares et je me trouve très chanceux.

À la poursuite de mon rêve d’enfance de devenir pilote, j’ai passé 27 ans au sein de l’Aviation royale du Canada (ARC). Cela m’a permis de vivre des expériences très enrichissantes, en tant que pilote d’hélicoptères Sea King ou Jet Ranger sur des vols opérationnels et d’entraînement ou encore comme enquêteur sur les accidents d’aéronefs pour le compte de la Direction de la sécurité des vols (un service de l’ARC équivalent à la Direction des enquêtes [Air] du BST). Cette dernière affectation fut un des moments forts de ma carrière militaire.

Image de l'accident du Griffon CH146434
CH146434 Griffon,
Base d’opérations avancée
(BOA), Afghanistan, 2009-07-06
(Source : MDN, Direction de la sécurité des vols)

Outre le BST, seuls le ministère de la Défense nationale et la Gendarmerie royale du Canada mènent des enquêtes en vue de tirer des conclusions sur les causes et les facteurs contributifs d'un accident. Le mandat du BST de promouvoir la sécurité des transports s'apparente à l'objectif du programme de sécurité des vols de l'ARC qui est de prévenir la perte des ressources aériennes. Cette prévention vise les comportements sécuritaires, la formation sur la sécurité des vols, et les enquêtes sur les accidents et leur analyse. Ce qui est principalement différent au BST est, évidemment, qu'il porte attention au secteur du transport civil et est confronté à des accidents de grande envergure et en nombre élevé! Cependant, les similitudes m'ont permis, pour ainsi dire, d'entrer dans le feu de l'action dès le premier jour.

Quand j'étais dans les FAC, je fus appelé à enquêter sur des événements impliquant des aéronefs et hélicoptères de transport militaires et des avions de chasse. Ces événements se sont notamment produits au Canada, bien sûr, mais également en Floride, au Royaume-Uni, en Italie, en Libye et en Afghanistan. L'un de ces événements concernait un accident d'hélicoptère Griffon qui a eu lieu en Afghanistan le 6 juillet 2009. Alors qu'il décollait d'une base d'opérations avancée, un énorme nuage de poussière s'est formé. L'hélicoptère s'est déplacé vers l'avant et vers la droite, a heurté une barrière puis a pivoté vers la gauche et basculé sur le côté droit avant de prendre feu. L'un des pilotes s'en est sorti indemne. L'autre a été légèrement blessé et l'un des passagers a été grièvement blessé. Les trois autres passagers ont péri dans l'accident. L'aéronef a été détruitNote de bas de page 1. J'avais joint la DSV au cours de l'année pour ensuite être nommé enquêteur désigné pour la production du rapport et l'achèvement de l'enquête sur cet accident.

Image de l'accident du Sea King CH12435
CH12435 Sea King, Shearwater (Nouvelle Écosse),
2013-07-15 (source : MDN,
Direction de la sécurité des vols)

En juillet 2013, j'ai été dépêché avec une équipe à Shearwater (Nouvelle-Écosse), à titre d'enquêteur désigné. Nous devions enquêter sur un accident impliquant un hélicoptère Sea King. L'hélicoptère avait roulé au sol jusqu'à l'arrêt complet. C'est alors qu'il a subitement basculé vers l'avant et pivoté vers l'avant sur les jambes oléopneumatiques déployées du train d'atterrissage, avant que ses roues ne quittent le sol. L'hélicoptère s'est immobilisé sur son flanc gauche. L'équipage navigant a alors procédé à un arrêt d'urgence des moteurs avant de quitter l'appareil par la porte du personnel. Personne n'a été blessé, et aucun incendie ne s'est déclenché après l'impact, mais la projection de débris a endommagé des hangars avoisinantsNote de bas de page 2.

J’ai participé à plusieurs enquêtes sur des accidents d’aéronefs militaires. Dernièrement, j’ai été dépêché sur les lieux d’un accident avec une équipe du BST. Le 29 mars 2016, le pilote d’un Mitsubishi MU-2B-60, effectuant un vol aux Îles de la Madeleine (Québec) avec six passagers à bord, a perdu la maîtrise de l’aéronef pendant l’approche finale. L’aéronef a dévié au sud de la trajectoire d’approche et a heurté le relief. Le pilote et les six passagers ont subi des blessures mortelles. L’aéronef a été détruit.

Image de l'accident du Mitsubishi N246W
Mitsubishi N246W, Îles de la Madeleine (Québec),
2016-03-29 (Source : BST)

Je fais actuellement partie de l’équipe chargée d’appuyer l’enquêteur désigné pour ce tragique accident. Je participe sur des questions touchant l’exploitation de l’aéronef et les performances de vol et la formation des pilotes. J’appuie également la Direction générale des communications et agis en tant qu’intermédiaire avec les membres des familles et les proches.

Mais comme plusieurs d’entre nous, au sein du BST, nous devons consacrer du temps à d’autres fonctions ou d’autres enquêtes. En ce qui me concerne, je suis également membre de la Division des normes et assurance de la qualité de la Direction des enquêtes (Air). Cela m’amène à travailler sur notre manuel des opérations d’enquête et à examiner et réviser les rapports d’enquête avant qu’ils soient présentés aux directeurs et aux membres du Bureau.

Tout au long de ma carrière dans la Force aérienne, j’ai travaillé avec des collègues exceptionnels qui étaient toujours prêts, disposés et aptes à faire le travail. Je peux en dire tout autant de tous mes collègues du BST que j’ai rencontrés jusqu’à présent; tous sont chevronnés, dévoués et professionnels.

En repensant à ma carrière militaire, je peux affirmer que de me joindre au BST après avoir quitté l’ARC était la décision la plus sensée que je pouvais prendre. J’ai toujours eu à cœur d’améliorer la sécurité des transports, que ce soit en tant que membre de l’Aviation royale du Canada (ARC) ou en tant qu’enquêteur principal au sein du BST.


Image de Jean-Pierre Régnier

Jean-Pierre (Jeep) Régnier se joint au BST avec plus de 27 ans d’expérience étendue de l’aviation militaire au sein de l’Aviation royale canadienne comme officier, pilote d’hélicoptères et enquêteur d’accidents. Avec plus de 5 ans comme enquêteur d’accidents militaires au sein de la Direction de la sécurité des vols, et ayant obtenu un diplôme en Safety and Accident Investigation de Cranfield University en Angleterre, il vient se joindre au BST en tant qu’enquêteur senior – aéronautique section des normes et de l’assurance de qualité.

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