Rapport d'enquête maritime M96L0059

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a enquêté sur cet accident dans le seul but de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.

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Chavirement
de cinq kayaks de mer affrétés
dans le havre du Bic (Québec)
20 juin 1996

Résumé

Le 20 juin 1996, un groupe composé de six kayakistes novices qui prenaient place dans cinq kayaks et d'un guide dans un sixième kayak a quitté le quai de la marina du Bic pour se diriger vers la plage de l'anse aux Bouleaux à l'extrémité ouest du havre du Bic. La distance à parcourir était d'environ 1,5 mille. En cours de route, un vent du nord-est s'est levé et a fait chavirer tous les kayaks, sauf celui du guide, qui a réussi à se rendre à la terre ferme pour demander de l'aide par téléphone. Il en a profité pour emmener un des kayakistes avec lui. Entre-temps, les autres kayakistes ont réussi à se rendre vers la côte d'eux-mêmes avant qu'on leur ait porté secours. Personne n'a été grièvement blessé par suite de cet événement.

Autres renseignements factuels

Genre Kayaks de mer
Longueur 5,2 m
Propriétaires Kayak aventure inc.
Bic (Québec)

Après s'être inscrits au bureau de la compagnie d'excursion en kayak, les six kayakistes novices se rendent à la marina du Bic en compagnie d'un guide et du propriétaire de l'entreprise. Le guide a un mois d'expérience en rivière et environ trois semaines sur kayak de mer.

Vers 8 h 30[1], le guide se sert de son radiotéléphone très haute fréquence (VHF) pour écouter les prévisions météorologiques émises par Environnement Canada. Les prévisions pour le secteur font état de :

  • Vents d'est à nord-est de 10 à 20 noeuds. Ensoleillé. Max. 14. Aperçu pour vendredi ... Vents d'est à nord-est à près de 10 noeuds.

À 8 h 35, Environnement Canada diffuse une modification aux prévisions maritimes pour le secteur où se trouve le havre du Bic, comme il suit :

  • Avertissement aux petites embarcations en vigueur ... Vents d'est à nord-est à 15 à 25 noeuds diminuant à 10 à 20 ce soir. Ensoleillé. Max. 15. Aperçu pour vendredi ... Vents d'est à nord-est à près de 10 noeuds.

Toutefois, au moment de cette deuxième diffusion, le guide n'est plus à l'écoute et n'entend pas les modifications qui annoncent des vents plus forts. Compte tenu des conditions météorologiques prévues à l'origine, le guide et le propriétaire de l'entreprise décident d'effectuer l'excursion. Les kayakistes reçoivent alors un exposé d'une trentaine de minutes sur le maniement des kayaks de mer ainsi que des consignes de sécurité en cas de problème, tel un chavirement.

Le départ s'effectue vers 9 h. Les kayakistes partent de la marina du Bic et se dirigent vers l'anse aux Bouleaux. Durant la traversée du havre du Bic, les vagues prennent rapidement de l'amplitude et deviennent de plus en plus escarpées. Le guide décide d'annuler l'expédition et d'atterrir lorsqu'un des kayakistes chavire. Le guide se porte à son aide, mais l'amplitude et l'escarpement des vagues empêchent le kayakiste de remonter dans son kayak. Le guide se rend alors compte que tous les autres kayakistes ont également chaviré. Il entreprend donc de les rassembler en deux groupes pour qu'ils puissent s'accrocher à deux des kayaks chavirés. Même s'il n'est pas tenu d'en avoir, le guide a un VHF portatif et des fusées de détresse. Toutefois, cet équipement se trouve à l'intérieur de son kayak, et compte tenu de l'état de la mer, il lui est impossible d'enlever la jupette de son kayak sans risquer que de l'eau pénètre à l'intérieur, favorisant ainsi son chavirement.

Il décide donc de se rendre à terre pour demander de l'aide par téléphone. Puisqu'un des kayakistes lui semble commencer à souffrir d'hypothermie, il lui demande de s'accrocher à l'arrière de son kayak et l'emmène avec lui. Lorsqu'il parvient à la terre ferme, le guide se rend à une maison et demande de l'aide par téléphone. Il se rend ensuite à la marina du Bic pour emprunter un bateau, mais aucun n'est disponible. La compagnie d'excursion n'est pas propriétaire d'un bateau pour repêcher les personnes tombées à la mer.

Entre-temps, les cinq autres kayakistes, toujours à l'eau, dérivent vers l'île à d'Amours où ils réussissent à prendre pied. Ils y sont recueillis et emmenés à l'hôpital de Rimouski où ils sont soignés pour hypothermie légère.

Analyse

La publication d'Environnement Canada intitulée Les secrets du Saint-Laurent : Guide de météo marine indique que :

Par marée descendante et vent du Nord-Est

Hautes vagues dans le chenal séparant l'île (du Bic) de la côte, dues à l'opposition du vent aux courants.

Ces conditions étaient présentes le matin de l'événement à l'étude. En effet, à 9 h, la station automatique d'observation météorologique de l'île Bicquette enregistrait des vents du nord-est de 18 à 24 noeuds. À ce moment-là, la marée était à son point le plus bas.

De plus, lorsque la profondeur d'eau diminue à la moitié de la longueur de la vague, les caractéristiques des vagues commencent à changer. Au fur et à mesure que la profondeur d'eau diminue au-delà de ce point, la longueur et la vitesse de la vague diminuent, et l'escarpement de la vague s'en trouve modifié. Les vagues, dont la hauteur demeure la même, deviennent de plus en plus escarpées. Cet effet est plus prononcé si la profondeur d'eau diminue lentement.

À l'endroit où les kayakistes ont chaviré, la profondeur d'eau était faible et diminuait lentement. L'effet combiné de la marée descendante, des forts vents du nord-est et du relief sous-marin a contribué à la détérioration rapide de l'état de la mer.

Le guide, qui avait trois semaines d'expérience sur kayak de mer, effectuait sa huitième excursion dans le havre du Bic. Il n'avait jamais fait face à des vents du nord-est.

Le fait que le guide ne pouvait pas sortir son radiotéléphone VHF de son kayak pour demander de l'aide n'a pas entraîné de délai, puisque les ambulances sont arrivées sur les lieux avant même que les kayakistes ne soient poussés sur la rive par le vent.

Conclusions

  1. Aucun des kayakistes novices n'avait d'expérience sur kayak de mer.
  2. Le guide n'avait jamais fait face à des vents du nord-est dans le havre du Bic.
  3. Le guide n'a pas entendu la diffusion de la modification des prévisions météorologiques annonçant des vents plus forts.
  4. L'effet combiné de la marée descendante, des forts vents du nord-est et du relief sous-marin a contribué à la détérioration rapide de l'état de la mer.
  5. Tous les kayakistes novices ont chaviré presque en même temps. Le guide les a rassemblés et est allé demander de l'aide, emmenant un des kayakistes avec lui.
  6. La compagnie d'excursion en kayak de mer n'est pas propriétaire d'un bateau pour repêcher les personnes tombées à la mer, et aucun autre bateau n'était disponible à la marina.

Causes et facteurs contributifs

Le groupe de kayakistes novices a entrepris une excursion dans le havre du Bic croyant que l'état de la mer leur était favorable. Le changement soudain des conditions météorologiques et le relief sous-marin ont entraîné la formation de vagues escarpées qui ont fait chavirer les kayaks. Comme aucun bateau n'était disponible pour aller les repêcher, les kayakistes sont restés plus longtemps dans l'eau et ils ont souffert d'hypothermie légère.

Le présent rapport met fin à l'enquête du Bureau de la sécurité des transports sur cet accident. La publication de ce rapport a été autorisée le 30 mai 1997 par le Bureau, qui est composé du Président Benoît Bouchard et des membres Maurice Harquail, Charles Simpson et W.A. Tadros.


[1].  Toutes les heures sont exprimées en HAE (temps universel coordonné (UTC) moins quatre heures), sauf indication contraire.