Enquête sur la sécurité du transport maritime M24C0142

Le BST a terminé cette enquête. Le rapport a été publié le 21 mai 2026.

Table des matières

    Abordage
    Navire à passagers Navark Faucon Millenium et embarcation de plaisance
    Fleuve Saint-Laurent
    Longueuil (Québec)

    L’événement

    Le 27 juin 2024, en après-midi, le navire à passagers Navark Faucon Millenium a quitté BouchervilleTous les emplacements se trouvent dans la province de Québec, sauf indication contraire. pour effectuer une traversée de 30 minutes vers le Vieux-Port de Montréal. Il y avait 38 passagers à son bord et l’équipage consistait en 1 capitaine et 1 matelot de pont. 

    Immédiatement après le départ, le matelot de pont a fait un exposé sur les mesures de sécurité à l’intention de tous les passagers dans le rouf. Le navire a poursuivi sa route dans le chenal du Sud à une vitesse d’environ 20 nœuds sur un cap moyen de 245° vrais (V). 

    Alors que le navire dépassait l’Îlot de la Baronnie, le capitaine a aperçu l’embarcation de plaisance à environ 10 ° à bâbord de la proue du navire, à une distance de 0,7 mille marin (NM), et a déterminé qu’il y aurait un passage bâbord à bâbord rapproché. Le capitaine a maintenu la vitesse du navire et a mis la barre à tribord, modifiant le cap de moins de 5 °. 

    Plus tôt en après-midi, l’embarcation de plaisance 59E53608 avait quitté Quai Marina à Repentigny avec 6 occupants à bord. Après avoir fait le tour du Vieux-Port de Montréal, l’embarcation de plaisance était sur son retour à Repentigny. Durant le retour, le conducteur a changé de cap en direction de Boucherville dans le Chenal du Sud. Le conducteur a estimé la vitesse de son embarcation à 20 milles terrestres par heure (17,4 nœuds) sur un cap de 060°V. Cependant, la direction et la force du vent, qui soufflait principalement en poupe, ainsi que le courant du fleuve, lui aussi en poupe, donnaient l’impression d’une vitesse plus faible et l’embarcation de plaisance naviguait plutôt à une vitesse moyenne de 32 nœuds. Moins d’une minute avant la collision, le conducteur de l’embarcation de plaisance a aperçu le Navark Faucon Millenium. Il a estimé à vue que son embarcation et le Navark Faucon Millenium passeraient l’un à côté de l’autre bâbord à bâbord à une distance d’environ 7 m. Il a maintenu un cap moyen de 060°V et une vitesse de 32 nœuds. À 5 secondes avant la collision, alors que la distance entre les navires était d’environ 0,06 NM (110 m), le cap de l’embarcation de plaisance a soudainement changé de 4° sur bâbord, directement sur la trajectoire du Navark Faucon Millenium. L’embarcation de plaisance a heurté la proue bâbord du Navark Faucon Millenium. Plusieurs passagers ont été projetés sur le pont du Navark Faucon Millenium sous l’impact de la collision. Le matelot de pont a prodigué les premiers soins à certains des passagers blessés qui se trouvaient sur le pont avant, tandis que d’autres ont été soignés par des passagers qui n’avaient pas subi de blessures. 

    Le capitaine a signalé l’abordage aux Services de communication et de trafic maritimes Québec et puis a avisé Croisières Navark Inc. de l’événement alors que le Navark Faucon Millenium se rendait à Longueuil où les passagers ont débarqués. Quelques passagers ont été transportés à un hôpital local pour y recevoir d’autres soins. Après son retour à Boucherville, le navire a été temporairement retiré du service pour être réparé.

    Le conducteur de l’embarcation de plaisance a contacté le 911 avec son téléphone cellulaire pour signaler la collision. L’embarcation de plaisance a été escorté jusqu’à Pointe-aux-Trembles par le NGCC Sipu Muin qui était à proximité. Après être descendus de l’embarcation de plaisance, 5 des occupants se sont rendus à l’hôpital local par véhicule privé pour y recevoir des soins.

    L’enquête du BST sur cet événement a révélé que le Navark Faucon Millenium et l’embarcation de plaisance se sont approchés l’un de l’autre sur des routes à peu près opposées à une vitesse combinée de 52 nœuds, et qu’aucun des 2 conducteurs n’a changé de cap ni réduit considérablement sa vitesse. Par conséquent, la marge de sécurité était faible lors du passage. L’embarcation de plaisance a viré soudainement vers le Navark Faucon Millenium 4 secondes avant le passage prévu, probablement en raison de l’instabilité dynamique pendant le déjaugeage à grande vitesse. Cette manœuvre, combinée à la distance de passage rapprochée, n’a pas laissé suffisamment de temps pour que l’un des deux conducteurs réagisse à ce changement de cap inattendu. D’après son expérience antérieure, le capitaine du Navark Faucon Millenium s’attendait à ce que le conducteur de l’embarcation de plaisance prenne les mesures nécessaires pour assurer un passage sécuritaire. Cette attente l’a amené à maintenir sa vitesse et à ne modifier que légèrement son cap, même s’il avait détecté un risque de collision. L’évaluation du passage par le conducteur de l’embarcation de plaisance était fondée sur son expérience antérieure et ne tenait pas compte des effets de l’instabilité dynamique. Par conséquent, il a maintenu son cap et sa vitesse sans se rendre compte qu’il y avait peu de marge de sécurité pour faire face à des imprévus qui pourraient entraîner un changement de cap.

    Lorsque les passagers à bord du Navark Faucon Millenium ont été projetés sur le pont à la suite de la collision, bon nombre de leurs blessures ont été aggravées par des dangers physiques présents à bord qui n’avaient pas été cernés auparavant.

    Le BST a aussi identifié d’autres risques : 

    • Les occupants d’embarcation de plaisance qui ne portent pas de vêtement de flottaison individuel ou de gilet de sauvetage correctement ajusté lorsqu’ils se trouvent à bord d’une embarcation non pontée risquent de se noyer s’ils tombent à l’eau.
    • Si l’effectif précisé dans le document concernant l’effectif minimal de sécurité d’un navire est insuffisant pour intervenir en cas d’urgence, il y a un risque que l’intervention d’urgence ne garantisse pas la sécurité de l’équipage et des passagers du navire.
    • Si les procédures en situation d’urgence à bord sont incomplètes et que les exercices pratiqués ne correspondent pas à des situations d’urgence réalistes, une intervention en situation d’urgence réelle peut augmenter le risque pour le navire, l’équipage, les passagers et les autres personnes concernées par la situation d’urgence.

    À la suite de cet événement, le BST a envoyé un avis de sécurité à Croisières Navark Inc. au sujet de la sécurité physique du Navark Faucon Millenium (le 29 août 2024). 

    Transports Canada a procédé à une inspection de la coque, au cours de laquelle des avaries ont été constatés. Une inspection périodique a validé les réparations temporaires effectuées à la coque et une nouvelle échéance a été établie pour la réalisation des réparations permanentes à la coque.

    À la suite de l’avis de sécurité envoyé par le BST, Croisières Navark Inc. a sécurisé le porte-vélos sur le pont du Navark Faucon Millenium et a ajouté des nouvelles informations à l’exposé sur les mesures de sécurité à l’intention des passagers au début de chaque trajet, ainsi qu’aux messages de sécurité diffusés en continu sur les écrans de télévision à bord de chaque navette. De plus, pendant la saison 2025, Croisières Navark Inc. a mis à l’essai des bandes de protection sur les arêtes vives exposées afin de déterminer la marche à suivre pour la flotte de la compagnie. En plus, des mains courantes ont été ajoutées au Navark Faucon Millenium pendant la saison morte 2024-2025.

    Le programme de compétence pour les conducteurs d’embarcation de plaisance 

    L’enquête du BST sur cet événement a révélé des lacunes de sécurité liées à la capacité des conducteurs d’embarcations de plaisance de cerner et de gérer les risques dans des milieux maritimes complexes, comme dans les voies navigables partagées avec d’autres navires. 

    En 2022, le BST a mené un sondage auprès des pilotes maritimes canadiens brevetés dans le cadre d’une enquête sur une collision entre un grand navire commercial et une embarcation de plaisance. D’après ce sondage, l’amélioration de l’éducation et de la formation des conducteurs d’embarcations de plaisance constitue le facteur le plus important pour favoriser une réduction des situations très rapprochées et des risques de collision avec des navires commerciaux. 

    À la suite d’une collision entre le traversier à passagers Svanoy et une embarcation de plaisance survenue en 2023, le Bureau a émis la préoccupation liée à la sécurité suivante concernant la pertinence du programme de la CCEP : 

    [L]e Bureau estime préoccupant que la formation et la certification qui sont actuellement exigées des conducteurs d’embarcations de plaisance ne fournissent pas à ces derniers les connaissances approfondies nécessaires pour naviguer de façon sécuritaire sur les voies navigables à haute densité.

    Pour acquérir une compétence complexe telle que la navigation maritime, une approche structurée de la formation est nécessaire. Il existe diverses façons d’atteindre l’objectif souhaité, mais certaines approches reconnues se sont généralisées en raison de leur succès, notamment la délivrance graduelle des permis et la formation de recyclage périodique.

    Pour cette raison, le Bureau recommande que

    le ministère des Transports révise le Programme de compétence pour les conducteurs d’embarcation de plaisance afin de s’assurer que les conducteurs obtiennent et maintiennent un niveau de connaissance suffisant pour répondre aux particularités des conditions dans lesquelles ils opèrent.

    Recommandation M26-01 du BST

    Voir le tableau synthèse M24C0142 ici.


    Communications en matière de sécurité

    Avis de sécurité


    Informations d'enquête

    Carte de la région

    M24C0142

    Abordage
    Navire à passagers Navark Faucon Millenium et embarcation de plaisance
    Fleuve Saint-Laurent
    Longueuil (Québec)

    Photos


      Voir des images en haute résolution sur la page Flickr du BST.

    Catégorie de l’enquête

    Cette enquête est une enquête de catégorie 3. Dans le cadre de ces enquêtes, on analyse un petit nombre de problèmes de sécurité. Parfois, ces enquêtes donnent lieu à des recommandations. Les enquêtes de catégorie 3 se concluent généralement en 450 jours. Pour de plus amples renseignements, consultez la Politique de classification des événements.

    Processus d'enquête du BST

    Une enquête du BST se déroule en 3 étapes :

    1. L'étape du travail sur le terrain : une équipe d'enquêteurs examine le lieu de l'événement et l'épave, interviewe les témoins et recueille toute l'information pertinente.
    2. L'étape d'examen et d'analyse : le BST examine toute la documentation liée au dossier, effectue des tests en laboratoire sur des composantes de l'épave, établit la chronologie des événements et identifie toute lacune en matière de sécurité. Lorsque le BST soupçonne ou constate des lacunes en matière de sécurité, il en informe sans tarder les organismes concernés sans attendre la parution du rapport final.
    3. L'étape de production du rapport : une version confidentielle du rapport est approuvée par le Bureau et envoyée aux personnes et organismes qui sont directement touchés par le rapport. Ceux-ci ont l'occasion de contester ou de corriger l'information qu'ils jugent erronée. Le Bureau tient compte de toutes les observations fournies avant d'approuver la version définitive du rapport, qui est ensuite publiée.

    Vous trouverez de plus amples détails à la page sur le Déroulement des enquêtes.

    Le BST est un organisme indépendant qui mène des enquêtes sur des événements de transport aérien, ferroviaire, maritime et pipelinier. Son seul but est de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.