Enquête sur la sécurité du transport aérien A24W0008

Le BST a terminé cette enquête. Le rapport a été publié le 5 mars 2026.

Table des matières

    Collision avec le relief
    Northwestern Air Lease Ltd.
    BAE Systems Jetstream 3212, C-FNAA
    Aéroport de Fort Smith (CYSM) (Territoires du Nord-Ouest), 0,7 NM NW

    Résumé

    Le 23 janvier 2024 à 6 h 41, heure normale des Rocheuses, pendant les heures d’obscurité, l’aéronef British Aerospace P.L.C. Jetstream modèle 3212 (immatriculation C-FNAA, numéro de série 929) exploité par Northwestern Air Lease Ltd. a quitté l’aéroport de Fort Smith (CYSM) (Territoires du Nord-Ouest) pour effectuer un vol selon les règles de vol aux instruments à destination de l’aérodrome de Diavik (CDK2) (Territoires du Nord-Ouest), avec un commandant de bord, un premier officier et 5 passagers à bord. Peu après avoir décollé de la piste 30 de CYSM, l’aéronef a entamé une descente, a heurté des arbres à 0,5 mille marin (NM) au-delà de l’extrémité de la piste, puis a heurté le terrain à 0,6 NM de l’extrémité de la piste et à 0,1 NM à gauche du prolongement de l’axe de piste. Le commandant de bord, le premier officier et 4 des passagers ont été mortellement blessés. Un passager, qui avait été éjecté de l’aéronef pendant le déroulement de l’accident, a subi des blessures mineures. La radiobalise de repérage d’urgence s’est déclenchée, et son signal a été reçu par le Centre canadien de contrôle des missions. L'aéronef a été détruit, et un incendie après impact a consumé une grande partie du fuselage.

    L’enquête a déterminé que lors du décollage, le commandant de bord a délibérément maintenu une assiette en tangage peu prononcée et une vitesse anémométrique élevée afin d’éliminer toute accumulation possible de neige sur l’aéronef. Ainsi, le profil de départ de l’aéronef était plus près du sol que lors d’un départ standard. Ensuite, lorsque le commandant de bord et le premier officier ont tenté de rentrer le train d’atterrissage, la combinaison d’une température extérieure inférieure à environ −20 °C et de la charge aérodynamique exercée sur le train d’atterrissage sous l’effet de l’augmentation de vitesse a empêché 1 des trains principaux, probablement celui de gauche, de rentrer complètement. Après que le premier officier a annoncé la réduction de la vitesse anémométrique, le commandant de bord a réduit la puissance des moteurs pour réduire la vitesse de l’aéronef et permettre au train d’atterrissage principal de rentrer complètement. En raison de la diminution de puissance, l’aéronef a entamé une descente non intentionnelle à 140 pieds au-dessus du niveau de sol. Le commandant de bord et le premier officier, probablement préoccupés par l’indication d’anomalie du train d’atterrissage principal et la vitesse anémométrique de l’aéronef, n’ont remarqué la perte d’altitude de l’aéronef qu’immédiatement avant l’impact. Par conséquent, l’aéronef a heurté des arbres et le terrain 10 secondes après le début de la descente.

    La présente enquête a aussi examiné les facteurs qui peuvent ne pas avoir causé l’événement ou y avoir contribué, mais qui pourraient présenter un risque à l’avenir. 

    L’enquête a révélé qu’un problème concernant le train d’atterrissage principal gauche et sa tendance à ne pas rentrer complètement n’avait pas été consigné dans le carnet de route de l’aéronef. Si les pilotes ne consignent pas tous les défauts de l’aéronef dans les dossiers techniques de l’aéronef, il se peut que le personnel de maintenance ne les corrige pas, ce qui augmente le risque que l’aéronef soit assigné à un vol alors que son état est dangereux.

    Selon l’analyse de la performance au décollage de l’aéronef réalisée par le laboratoire du BST, la performance de vol de l’aéronef à l’étude n’a pas été dégradée considérablement par des facteurs aérodynamiques négatifs liés à la contamination des surfaces critiques. La contamination des surfaces critiques n’a donc pas contribué à la collision de l’aéronef avec les arbres. Cependant, si les pilotes ne s’assurent pas que les surfaces critiques de l’aéronef sont exemptes de contaminants avant un vol, il y a un risque que la performance de l’aéronef soit réduite. 

    Le rôle et les responsabilités du pilote aux commandes et du pilote surveillant doivent être bien définis afin d’améliorer leur performance. L’enquête a déterminé que les rôles et responsabilités en matière de surveillance qui s’appliquent pendant un départ n’étaient pas définis explicitement dans les manuels de Northwestern Air Lease Ltd. Si le rôle et les responsabilités du pilote aux commandes et du pilote surveillant ne sont pas bien définis, la surveillance de l'aéronef qu’ils effectuent risque de ne pas être efficace, ce qui augmente le risque qu’ils ne se rendent pas compte d’une déviation par rapport à la trajectoire de vol prévue et donc qu’ils ne la corrigent pas.

    Les listes de vérification sont des sources d’information cruciales qui offrent aux pilotes des lignes directrices d’exploitation de l’aéronef. Elles leur fournissent des solutions toutes faites à diverses situations et tiennent compte de facteurs de risque qui pourraient ne pas être évidents au cours de l’exploitation normale ou dans une situation anormale ou d’urgence. Selon les données recueillies pendant l’enquête, par le passé, les pilotes ne consultaient pas la liste de vérification en cas de situation anormale après avoir constaté l’indication d’anomalie du train d’atterrissage. Si les pilotes ne suivent pas les procédures recommandées par l’avionneur, il existe un risque que l’aéronef se retrouve dans un état indésirable à la suite d’actions inappropriées ou incorrectes. 

    L’enquête a déterminé que les pilotes de Northwestern Air Lease qui pilotaient des aéronefs Jetstream de la compagnie étaient bien conscients de la défaillance du train d’atterrissage principal de l’aéronef à l’étude, qui dans certaines circonstances, ne se verrouillait pas dans la position rentrée. Étant donné que ce problème ne se produisait pas à chaque vol, le consensus au sein de la compagnie était que ce problème ne constituait pas une préoccupation en matière de sécurité aérienne justifiant sa consignation dans les dossiers techniques de l’aéronef. De plus, les pilotes avaient mis au point une adaptation simple et informelle (ou solution de rechange) pour verrouiller le train d’atterrissage principal en position rentrée. Étant donné que cette solution de rechange avait produit systématiquement de bons résultats lors d’autres vols effectués avant l’événement et avait permis aux pilotes de ces vols de poursuivre leur route sans autre problème, elle a renforcé la nature anodine du problème en tant que tel et de l’adaptation. En revanche, si les adaptations aux procédures d’exploitation normalisées sont acceptées sans être officiellement mises en œuvre au sein d’une compagnie, il existe un risque que des interprétations divergentes des procédures entre les pilotes nuisent à la conscience commune de la situation et à l’efficacité de la gestion des ressources de l’équipage. 

    En octobre 2024, Northwestern Air Lease Ltd. a modifié le manuel des procédures d’exploitation normalisées des aéronefs Jetstream des séries 3100 et 3200 afin de préciser comment et quand les pilotes doivent réagir en cas de situation anormale ou d’urgence pendant un vol.

      Voir des images en haute résolution sur la page Flickr du BST.

    Catégorie de l’enquête

    Cette enquête est une enquête de catégorie 2. Ces enquêtes sont complexes et portent sur plusieurs problèmes de sécurité exigeant une analyse approfondie. Les enquêtes de catégorie 2, qui donnent souvent lieu à des recommandations, se concluent généralement en 600 jours. Pour de plus amples renseignements, consultez la Politique de classification des événements.

    Processus d'enquête du BST

    Une enquête du BST se déroule en 3 étapes :

    1. L'étape du travail sur le terrain : une équipe d'enquêteurs examine le lieu de l'événement et l'épave, interviewe les témoins et recueille toute l'information pertinente.
    2. L'étape d'examen et d'analyse : le BST examine toute la documentation liée au dossier, effectue des tests en laboratoire sur des composantes de l'épave, établit la chronologie des événements et identifie toute lacune en matière de sécurité. Lorsque le BST soupçonne ou constate des lacunes en matière de sécurité, il en informe sans tarder les organismes concernés sans attendre la parution du rapport final.
    3. L'étape de production du rapport : une version confidentielle du rapport est approuvée par le Bureau et envoyée aux personnes et organismes qui sont directement touchés par le rapport. Ceux-ci ont l'occasion de contester ou de corriger l'information qu'ils jugent erronée. Le Bureau tient compte de toutes les observations fournies avant d'approuver la version définitive du rapport, qui est ensuite publiée.

    Vous trouverez de plus amples détails à la page sur le Déroulement des enquêtes.

    Le BST est un organisme indépendant qui mène des enquêtes sur des événements de transport aérien, ferroviaire, maritime et pipelinier. Son seul but est de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.